Cette phrase, je l'entends de managers et de cadres qui avaient tout fait correctement. Ils avaient relu l'annonce, préparé leurs exemples, répété leur présentation. Et dans les dix minutes qui précèdent l'entretien, assis dans un couloir ou devant l'écran d'une visio qui n'a pas encore démarré, ils ont senti tout ce travail s'éloigner : le cœur qui accélère, la bouche sèche, la tête qui se vide au moment précis où ils en auraient eu besoin.
Ce moment est rarement pris au sérieux dans la préparation. On travaille ce qu'on va dire, beaucoup moins l'état dans lequel on va arriver pour le dire. C'est pourtant dans ces quelques minutes que beaucoup de candidats perdent une partie de leurs moyens, avant même d'avoir serré une main.
Le trac ne dit pas que vous n'êtes pas prêt
Le trac envoie d'abord un message trompeur : « tu ne sais plus rien ». Les candidats le prennent au pied de la lettre et en concluent qu'ils sont mal préparés. Ce n'est presque jamais le cas. Ce que le corps exprime à ce moment-là, c'est l'enjeu : un poste qui compte, une étape de carrière, parfois des mois de recherche derrière soi, et le sentiment que tout va se décider en une heure.
Il y a aussi le regard de l'autre. Être évalué, quand on a l'habitude d'être celui qui décide, qui pilote et qui évalue à son tour, déplace quelque chose. Ce que j'observe chez les cadres, c'est que plus la responsabilité est élevée, plus il devient inconfortable de se retrouver de l'autre côté de la table. Le trac vient de là. Il n'a rien à voir avec votre niveau.
Ce qu'on fait dans ces minutes-là, et qui aggrave les choses
Face à cette montée, les réflexes se ressemblent. Le premier consiste à réviser : relire ses notes, se repasser mentalement ses réponses, vérifier une dernière fois les chiffres de l'entreprise. On a l'impression de reprendre le contrôle, mais on entretient surtout l'idée qu'il manque quelque chose. On entre alors dans la salle la tête pleine de phrases à placer, et moins disponible pour la personne qui est en face.
Le second réflexe consiste à vouloir faire disparaître le trac à tout prix. On se répète de rester calme, on s'en veut de trembler, on lutte contre ce qui se passe dans le corps. Cette lutte demande une énergie considérable, et elle ramène toute l'attention sur soi au moment où elle devrait aller vers l'échange. L'idée, ce n'est pas d'arriver sans émotion : un peu de tension rend présent et attentif. Ce qui pose problème, c'est de se laisser déborder, ou de passer l'entretien à se battre contre elle.
Préparer aussi l'état dans lequel vous arrivez
Ce que je travaille avec mes clients, c'est la préparation de ce moment précis, au même titre que celle des questions. Concrètement, cela passe par un rituel d'avant-entretien court, construit à l'avance et répété plusieurs fois, pour qu'il soit familier le jour venu. Ce rituel ne sert pas à réviser. Il sert à revenir à soi : retrouver une respiration plus posée, sentir ses appuis, poser son attention sur quelque chose de concret dans la pièce plutôt que sur le scénario catastrophe qui se déroule dans la tête.
Il s'agit aussi de choisir, avant, ce sur quoi vous allez vous appuyer. Pas une liste de réponses, mais deux ou trois situations réelles de votre parcours, des moments où vous avez été solide, que vous pouvez retrouver en quelques secondes. Quand le doute monte dans le couloir, vous ne cherchez plus à vous convaincre que vous êtes à la hauteur : vous revenez à ce que vous avez déjà fait, et qui est vrai.
Ce travail ne supprime pas le trac. Il change la façon de le traverser : vous entrez dans la salle avec votre tension, mais aussi avec vos repères. Si ces moments vous coûtent, j'en parle aussi dans l'article sur ce qui fait perdre ses moyens en entretien, même quand on a le niveau. C'est également l'un des axes de la préparation à l'entretien que je propose aux managers et aux cadres, en visio où que vous soyez en France, ou à Châteauroux.
La dernière fois que vous avez attendu d'être appelé pour un entretien, à quoi pensiez-vous pendant ces dix minutes, et qu'en restait-il une fois assis face au recruteur ?